Elle leur doit une fière chandelle. Mercredi, un automobiliste a voulu enlever une jeune fille au Moulin-Blanc. La tentative a échoué grâce à quatre courageux joggeurs, dont trois sont employés du ministère de la Défense.

«On ne s'est pas concertés. Chacun a su quoi faire spontanément», racontent, avec modestie, les quatre joggeurs. John Papazian, Premier Maître dans la Marine, Bruno Duzelier, civil employé à l'École Navale, Rachel Piriou, chauffeur de l'Amiral et Valérie Le Toquin, la seule «vraie» civile du lot, courent régulièrement ensemble. Mercredi, vers 18h30, ils venaient de terminer leur sortie tri-hebdomadaire de 45 minutes, lorsque leur attention a été attirée par des appels à l'aide. «Nous étions sur le parking à faire des étirements lorsque nous avons entendu les cris de la jeune fille, à une vingtaine de mètres de nous. Elle était ceinturée par un jeune homme qui la traînait vers une Twingo grise (une voiture de location, NDLR) stationnée près de la baraque à frites».

Dos à son agresseur

Quelques instants plus tôt, la jeune fille, âgée de 17 ans, révisait tranquillement ses cours, en vue d'un concours, assise sur un banc, face à la mer, en compagnie de sa maman. «Elle tournait le dos lorsque l'agresseur l'a saisie. Sa mère essayait de la retenir lorsque l'on est intervenu», témoignent les quatre amis. Pendant que l'une des joggeuses prévenait pompiers et gendarmes, ses amis ne restaient pas inactifs. John Papazian se saisissait des clés du véhicule, restées sur le tableau de bord, moteur tournant. Les deux autres s'interposaient et obligeaient l'agresseur à lâcher sa proie. «Nous n'avons pas eu à le toucher. Il a lâché prise et a tenté de reprendre le volant», témoignent les sauveteurs. Piégé, le jeune homme semblait résigné. «Il était très calme. Il a simplement dit qu'il savait que ce qu'il faisait n'était "pas bien". Puis il a refusé de continuer à nous parler, précisant simplement qu'il ne s'exprimerait que devant la jeune fille et les gendarmes».

«Je n'ai pas que ça à faire!»

Une demi-heure plus tard, c'est un jeune homme étrangement «zen» que les forces de l'ordre prenaient en charge. «Il s'inquiétait simplement de savoir quand les gendarmes allaient venir, nous disant qu'il n'avait pas que ça à faire! Puis, il a mangé tranquillement un sandwich, assis sur les rochers». Après consultation d'un médecin, le jeune homme, qui venait de la région Rhône-Alpes, a été placé d'office à l'hôpital psychiatrique de Bohars, laissant derrière lui une jeune fille d'autant plus choquée, qu'elle avait déjà été victime d'un vol avec violences en décembre dernier. Convaincus de n'avoir fait que «leur devoir de citoyen», les quatre amis espèrent que leur exemple incitera d'autres personnes confrontées à ce type de situation, à intervenir. «Rétrospectivement, on se dit que l'on a peut-être évité un drame», confient, dans un même élan, les deux mamans du groupe.

  • Alain Coquil